Je suis comme mort
Nu et violé sans tapage
Je suis comme mort
Inconscient et circonspect
Ma chair enlaidie par l’ailleurs
Je suis comme mort
Frappé et torturé par les miens
Fils primitifs du franc comorien
Je nage à contre courants
Pour laver ce corps cadavérique
Ce corps qu’ils veulent me déposséder
La mer indienne m’illusionne
Ressac d’un corail omniprésent
Les boutres ont disparus
Mis au rebut par les Kwassa-Kwassas
Ces monstres marins cruels
Qui dévorent chaque nuit les miens
Encore esclaves de la blancheur
Noirs ébène ou cafés crème d’Arabie
Peu importe
A fond de cale pour un voyage incertain
Aux relents bleu blanc rouge
Je suis comme mort
Et nul Dieu dans les parages
Pour absoudre mon âme
Je suis comme mort
L’arrache cœur est passé
Après m’avoir évidé
Je suis comme mort
Mon drapeau en lambeaux
Cisaillé par mes îles
Vais-je un jour voir la lumière
En une aube orangée
Où les miens auraient été guéris
Lavés dans un bassin de magma
Ne portant plus les insignes de l’opprobre
Dans un déluge purement cyclonique
A la houle démentielle
Le muezzin qui sonne le rappel
Le muezzin qui implore sa déité
Les djinns montant au haut ciel
Nous laissant entrevoir un soleil nouveau
Un soleil sans accusateurs
Un soleil sans victimes ?
Je suis comme mort
Mes rêves sans consistance
Drapés de sang-mêlées
Je suis comme mort
Et j’attends sagement
Le jour où les flots m’engloutiront